Aide en classe, entraide et tutorat

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 L’aide, quand elle est coupée de la classe, perd son sens.  Si l’on veut réformer les pratiques pédagogiques, c’est bien le cœur de la classe qu’il faut viser. (Source)

Together, in Sepia

Together, in Sepia (CC-BY-SA)

Ce fut l’une des ruptures les plus délicates et les plus significatives de l’évolution de mon fonctionnement vers la classe coopérative : permettre, organiser et encourager tous les dispositifs d’aide au sein de la classe. Longtemps, j’ai refusé aux élèves le droit de parler et d’échanger pendant les temps de travail individuel, sauf pour demander de l’aide… au maître.

Désormais, l’individualisation du travail dans une logique coopérative autorise les élèves à travailler à plusieurs et à s’aider… à la condition de ne pas faire à la place de l’autre !

Pour que des enfants reconnus comme experts puissent être en mesure d’aider efficacement un demandeur, celui-ci doit avoir intégré un certain nombre de règles méta-cognitives : pour aider, on ne donne pas la solution, on ne se moque pas, on encourage et on fournit plein d’idées et d’exemples. Ces acquisitions doivent nécessairement faire l’objet d’un travail spécifique conduit par l’enseignant en début d’année scolaire. (Sylvain Connac)

L’aide en classe s’organise ainsi selon trois modalités différentes, en fonction des besoins des uns et des autres : l’aide, l’entraide et le tutorat.

  • L’aide (dispositif informel et dissymétrique)

C’est le cas classique (et le plus fréquent) d’un élève qui a besoin d’un accompagnement pour comprendre une consigne, exécuter une tâche… Il peut alors faire appel à une personne « savante » (celle qui sait) ou « experte » : un élève, ou l’enseignant s’il est disponible. Bien souvent, aider, c’est d’abord poser des questions.

  • L’entraide (dispositif informel et symétrique)

C’est un temps où deux enfants travaillent en même temps la même compétence, sur le même objet, en formant une « communauté de savoirs », chacun apportant ses connaissances en les confrontant avec celles de l’autre pour résoudre un problème. Ce dispositif peut être spontané (demandé par les enfants) ou incité par le maître (dans le cadre d’un atelier par exemple).

  • Le tutorat (dispositif formel et dissymétrique)

A la différence de l’aide et de l’entraide, la mise en place de tutorat au sein de la classe nécessite un cadre, sorte de contrat entre le tuteur (celui qui aide) et le tutoré (celui qui est aidé).

Il y a tutorat quand un jeune accepte pour un temps donné et un objectif précis d’accompagner un de ses camarades jusqu’à ce que celui qui en est la cible devienne autonome dans le domaine du tutorat. C’est lié à une initiation. Deux raisons à ce que le tutorat s’arrête : l’autonomie dans le champ du tutorat, ou parce que « ça ne marche pas ».

Pour qu’il soit efficace, les élèves doivent être formés à la pratique du tutorat (cf. le brevet de tuteur sur le site de l’ICEM 34).
Les dispositifs de tutorat se mettent en place lors du conseil ou en début de plan de travail, à la demande des enfants qui souhaitent un tuteur. Ils choisissent alors un élève qui est volontaire pour tenir ce rôle.

Le tutorat est un système « gagnant-gagnant », qui permet aux tutorés de continuer à travailler, de mieux comprendre, de gagner de la confiance, et aux tuteurs de renforcer leurs connaissances en les remobilisant. Dans tous les cas, c’est d’ailleurs le tuteur qui bénéficie le plus du tutorat.

Des outils pour faire vivre l’aide en classe

Quelle que soit la situation (aide, entraide ou tutorat), les élèves concernés par ces dispositifs sont tenus de respecter les règles du temps de travail individuel (ou temps personnel) en utilisant à bon escient les outils à leur disposition :

  • le code couleur des sons : affichage collectif visible de tous (placé juste au dessus du tableau), il indique aux élèves le climat de travail recherché en fonction des besoins du moment ; le travail individuel se déroulant la majeure partie du temps en code orange, je peux aider si je sais chuchoter et respecter le travail des autres ; (en code rouge : pas d’échanges donc pas d’entraide possible, c’est un temps d’évaluation ou de retour au calme souhaité).
Code couleur des sons en classe
format Open Document [.odt]
  • le tétra’aide : outil magique créé par Bruce Demaugé-Bost, ses quatre sommets permettent d’indiquer le statut de l’élève au travail (vert : tout va bien ; bleu : j’aide ou je suis aidé(e) par quelqu’un ; jaune : j’ai une question non urgente ; rouge : à l’aide !!! j’ai besoin de l’enseignant). Les élèves le fabriquent en début d’année. Il est stocké dans la boîte du groupe de travail, et distribué au début du temps de travail personnel.
  • le passeport d’aide en classe : document individuel sous forme de carte, rangé au début du portfolio, il permet à un élève de demander l’aide de l’enseignant lorsqu’il a épuisé les recours (J’ai essayé de résoudre mon problème seul ; J’ai demandé de l’aide à un camarade de classe ; Personne ne peut m’aider…). Il met alors son tétra’aide en jaune ou en rouge et vient déposer son passeport dans la colonne « demande d’aide » du tableau (double précaution pour s’assurer de la réactivité du maître !) : sa demande devient alors prioritaire (mais en attendant, il doit faire autre chose, hein !).
    Le passeport peut également être utilisé en direction d’un autre élève, pour solliciter une aide particulière auprès de son tuteur, d’un élève « expert », du responsable d’un métier…
Passeport de demande d’aide en classe
format Open Document [.odt]

Liens complémentaires sur les dispositifs d’aide en classe :

Lu 6 594 fois.  Last updated: juillet 24, 2015 at 10:04
Crédit image : Together in Sepia, by Care_SMC, via Flickr (CC-BY-SA)

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