Conseil

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Le conseil (conseil de classe ou conseil coopératif selon les appellations) est selon de moi l’élément fondateur d’une classe coopérative : c’est l’institution de référence, la clé de voûte de l’organisation coopérative. Il s’agit d’un moment de parole essentiel pour la vie du groupe, un temps capital de régulation, d’organisation et de renouvellement.

Une fois par semaine (le vendredi matin de 10h45 à 11h15 dans ma classe), l’enseignant et les élèves cessent leurs activités pour faire le point ensemble sur le fonctionnement de la classe, la vie et les relations au sein du groupe.

Le fonctionnement du conseil est ritualisé :

  • installation du président et du secrétaire, ouverture du conseil par le président, rappel des décisions du dernier conseil par le secrétaire ;
  • temps des critiques/gênes/problèmes (tentatives de résolution des problèmes posés ou des conflits non-réglés survenus entre des élèves de la classe) ;
  • temps des propositions : « qu’avez-vous à proposer pour que la classe fonctionne mieux ? » (propositions, discussions, prises de décision) ;
  • temps des félicitations et des remerciements (pour terminer sur une note positive !) ;
  • bilan météo de la semaine, clôture du conseil.

Lors des premiers conseils de début d’année, pour installer le rituel, j’endosse la casquette de président. Puis le rôle est attribué à tour de rôle à un élève volontaire, à la condition de disposer d’une ceinture de comportement élevée. Je conserve un temps un rôle de tuteur pour conseiller et guider le jeune président désigné. Le président est désigné pour deux semaines, afin de lui permettre de s’améliorer la fois suivante grâce aux remarques effectuées par les élèves à l’issue du conseil (bilan météo de la présidence : « tu as bien… » ou « je te conseille de… »).

Pour cadrer le conseil et en faire un temps efficace et fertile, le président peut s’appuyer sur trois outils :

  • la fiche des « maîtres-mots » : destinée au président (mais également utile pour le secrétaire et l’enseignant), elle déroule les différents moments du conseil comme un fil conducteur. J’utilise la fiche proposée dans la boîte à outils associée à la démarche Pidapi.
  • le cahier de conseil : tenu par le secrétaire, c’est la mémoire du conseil. Il permet de noter les rôles tenus, les décisions prises (à la suite d’une critique ou d’une proposition), les sujets laissés en suspens.
  • le panneau du conseil (que certains appellent « frigo », puisque son rôle est de « conserver » les informations jusqu’à la prochaine réunion) ; c’est un panneau de liège partagé en trois colonnes : critiques, propositions, félicitations et remerciements. Les élèves ont des petits papiers de couleur à disposition (rose pour les critiques, blanc pour les propositions, vert pour les félicitations et remerciements) lorsqu’ils souhaitent apporter un sujet au conseil.

Lorsque le message est complété, l’élève punaise son message à l’envers sur le panneau. Ce dispositif permet de constituer un ordre du jour, les sujets de panneau étant traités en priorité. Le jour du conseil, le président fait distribuer les papiers à leurs auteurs puis distribue la parole. C’est là que le défi commence !

Le dispositif ne suffit pas, il faut du temps pour libérer la parole, apprendre à écouter et à prendre en compte la parole de l’autre, apprendre à synthétiser un débat, à prendre une décision en collectif… C’est parfois long et stérile, mais le groupe apprend petit à petit à gagner en efficacité en ne sélectionnant que les sujets importants pour le groupe, et en formulant des propositions pour avancer.

Pour éviter que les critiques ne dévorent le temps du conseil (et ainsi accorder le temps nécessaire aux propositions et aux félicitations), j’ai instauré deux temps qui permettent d’évacuer les « petits conflits quotidiens » :

  • la pratique du message clair, technique verbale issue de la communication non-violente : une critique ne peut être traitée en conseil si elle n’a pas fait l’objet d’un message clair au préalable ;
  • une réunion quotidienne de cinq minutes, placée juste avant la récréation du matin, pour faire un bilan du temps de travail autonome, relever les besoins, faire émerger les conflits et les différends afin de les désamorcer.

En cas de conflit non-résolu, la critique est traitée en conseil : la sanction et/ou la réparation éventuelle décidée sont alors notées dans le cahier par le secrétaire.

De nombreux ouvrages détaillent le fonctionnement possible d’un conseil coopératif. Voici quelques références :

Voici d’ailleurs un extrait de ce dernier ouvrage, qui présente le conseil selon une métaphore « organique » très parlante :

Le Conseil, réunion d’informa­tion de tous par tous, OEIL du groupe : appareil de radioscopie décelant les formations micro-sociologiques, « compteur grégaire » renseignant sur l’énergie in­consciente… Instrument d’analyse, d’in­terprétation, de critique, d’élaboration collective et de décision, mémoire du groupe aussi : nous avions parlé de CERVEAU du groupe qui donne un sens à ce qui est dit ici. En tant que réunion d’é­puration qui draine toutes sortes d’éner­gies, les récupère ou les élimine, le Conseil était le REIN du groupe, mais cour de justice ou lieu de recours, lieu où se fait la Loi dans le groupe, où l’on parle au nom de la Loi, différemment et efficacement, le Conseil nous apparaissait comme un moyen de langage, créateur de nouveaux dynamismes : CŒUR du groupe. (Fernand Oury & Aïda Vasquez, « Vers une pédagogie institutionnelle », 1998)

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